La Chocoa Week : entre opportunités commerciales et défis structurels de la filière cacao.

3 avril 2026
3 min

À l’occasion de la Chocoa Week, des coopératives de cacao d’Afrique de l’Ouest ont renforcé leur visibilité sur les marchés internationaux. Entre opportunités commerciales et débats de fond, l’événement a mis en lumière les tensions persistantes d’une filière en pleine mutation où la répartition des marges, les revenus des producteur·rices et la durabilité environnementale de la filière sont encore très peu évoqués.

Soutenues par un Fonds de Renforcement des Capacités Commerciales les coopératives ivoiriennes Ecakoog,  KAPATCHIVA COOP- CA, CAMAYEECAMCAYAT et SOCAK-KATANA COOP-CA, ont ainsi exploré de nouveaux débouchés commerciaux, rencontré des acheteurs potentiels et présenté la qualité de leurs produits : fèves torréfiées, et pour certaines coopératives : des tablettes issus de la transformation locale. 

Pour certaines coopératives, il s’agissait d’une première à la Chocoa, foire particulièrement intéressante pour le Business to Business. De plus en plus de coopératives viennent à ces évènements avec l’occasion de trouver des débouchées pour des produits semi-transformés voire finis au-delà de la vente de fèves.

En parallèle de la foire, se tenait la « Chocoa Conference », les discussions ont mis en lumière les tensions persistantes qui traversent la filière cacao. Malgré une prise de conscience croissante des enjeux sociaux et environnementaux, une grande partie de l’industrie reste attachée à un modèle fondé sur la croissance continue de la production et de la consommation. La productivité est présentée comme une solution à la pauvreté des producteurs et à la stimulation de la consommation dans de nouvelles géographies. Mais au cœur des échanges, deux points majeurs sont restés insuffisamment abordés, les conséquences de cette productivité sur les écosystèmes : dans un contexte où la mise en place de la traçabilité est partielle, l’augmentation de la production pourrait augmenter la déforestation. De même, soutenir la production sans discuter du revenu décent viendrait faire chuter les prix, et déséquilibrer davantage la répartition de la valeur entre producteurs et acteurs en aval. 

Or, dans un contexte marqué par une forte volatilité des prix, ces limites apparaissent de plus en plus clairement. Elles soulignent l’urgence de repenser les équilibres au sein de la chaîne de valeur, afin de permettre des impacts sociaux et environnementaux durables dans les pays producteurs. Face à ces défis, les acteurs de commerce équitable offrent des pistes concrètes, par la construction de relations plus équilibrées entre coopératives et entreprises importatrices. Autant de leviers pour construire une filière cacao plus juste et durable. Antonie Fountain de Fair Trade Advocay Organisation nous rappelle que le futur d’une filière cacao juste et durable passe notamment par des régulations rendant obligatoires les changements, elles seules capables de faire changer le secteur privé résistant pour prendre le relai des démarches volontaires. Ce message rappelle l’importance de poursuivre les efforts de plaidoyer, afin que ces engagements se traduisent en mesures concrètes et durables pour les producteurs comme pour les écosystèmes.