Chaîne de valeur cacao : la productivité présentée comme valeur centrale accentue les inégalités de genre et l’exclusion sociale
Dans notre précédente publication, nous mettions en lumière les impacts économiques de la dégradation environnementale sur les familles paysannes. Cette nouvelle newsletter permet de revenir sur la valeur donnée à la productivité incarné par l’homme planteur sur la base des résultats du diagnostic mené par Empow’Her en 2025 sur les filières cacao et fruits en Côte d’Ivoire et au Ghana.
Le diagnostic met également en évidence la force persistante de la représentation du planteur de cacao comme un homme, physiquement fort et propriétaire foncier. Ce stéréotype, hérité de l’agriculture de rente coloniale, structure encore les pratiques de la filière et limite l’inclusion des femmes. Dans le cacao, les initiatives en faveur de l’égalité de genre se concentrent principalement sur des activités génératrices de revenus ou des projets de diversification en dehors du cacao, plutôt que sur l’accompagnement des femmes vers un accès direct à la production cacaoyère en tant que planteuses à part entière.
Dans les communautés cacaoyères, la valeur productive est largement associée à la capacité à produire du cacao. Cette approche conduit à la sous-valorisation des cultures alternatives et à la marginalisation des personnes perçues comme “non productives”, notamment les femmes, les jeunes sans accès au foncier et les personnes en situation de handicap.
A cet effet, une personne en situation de handicap ayant été interrogée, disait ceci :
« C’est difficile de convaincre les communautés, les coopératives, le Conseil Café – Cacao aussi. Parce que pour eux, la valeur productive est centrée sur la capacité à produire du cacao. C’est ce qui les intéresse. Dans les personnes en situation de handicap, quand elles sont accompagnées, il y a des gens éduqués, de très bons comptables, qui peuvent apporter autre chose à la société même s’ils ne peuvent pas travailler au champ ».
À l’inverse, dans les filières fruits étudiées, notamment l’ananas et la noix de coco, le diagnostic a mis en lumière des pratiques plus inclusives : des coopératives accompagnent activement les femmes vers la création et la gestion de leurs propres exploitations, ce qui se traduit par une présence féminine significativement plus élevée au sein de ces organisations.
Cette image de la productivité incarnée par le planteur, masculin, est hérité de l’ère coloniale toujours présent dans le fonctionnement de la filière. =Les pays producteurs restent principalement cantonnés à la fourniture de matières premières destinées à l’exportation, tandis que la fixation des prix, le pouvoir de décision, la transformation et la création de valeur se concentrent dans les pays du Nord dominée par quelques multinationales. Cette organisation maintient les producteur-rices, majoritairement ruraux et précaires, dans une forte dépendance au marché mondial avec un pouvoir de négociation très limité.
Comme le souligne Malcom Ferdinand dans son Essai Une Écologie Décoloniale, ces continuités coloniales influencent encore aujourd’hui les dynamiques sociales, économiques et écologiques : la terre est perçue avant tout comme une ressource à exploiter au détriment du vivant et des cultures vivrières. Dans la filière cacao, cette logique se traduit par trois mécanismes étroitement liés : une vision productiviste centrée sur le « tout cacao », une forte centralisation de la valeur et une représentation genrée et excluante du planteur de cacao.
Face à cela, Le commerce équitable tente de rééquilibrer les rapports de force en garantissant un prix minimum et des primes, redonnant aux producteurs une capacité de négociation face aux acteurs dominants de la filière. Il renforce l’organisation collective via les coopératives, permettant aux producteurs de peser davantage dans les décisions économiques et commerciales. Enfin, il favorise une répartition plus juste de la valeur et soutient l’autonomie des producteurs, en rupture avec les logiques extractives héritées de la période coloniale.